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par ANAÏS CHAILLOLEAU, journaliste La Chine au présent

Du 5 au 8 décembre dernier, le premier ministre français a effectué une visite officielle en Chine, au cours de laquelle il a vanté le savoir-faire français au fil de ses étapes à Beijing, Guangzhou et... Wuhan. Pourquoi Wuhan ? Bien que peu connue des Français, cette mégalopole de 9 millions d'habitants située au cœur de la Chine est considérée comme la plus francophile des villes chinoises de par sa concentration d'entreprises françaises et d'élèves chinois francisants. M. Ayrault a d'ailleurs pris le temps, au cours de son déplacement, de rencontrer un échantillon de ces derniers à l'Université de Wuhan, encourageant les échanges linguistiques et culturels sino-français.

Des établissements pour apprendre le français…

Effectivement, une forte « envie de France » se ressent à Wuhan, peut-être plus vivement qu'ailleurs, notamment dans le domaine de l'éducation. Troisième pôle universitaire de Chine, Wuhan compte de nombreux établissements proposant des cours de français. Parmi les plus réputés, l'École des langues étrangères de Wuhan, qui dispensa des cours dès 1972. « Les élèves commencent leur apprentissage du français dès le collège, à raison de 8h par jour. En l'espace de 6 ans, ils suivent environ 1 800h de cours pour atteindre finalement le niveau C1 ou C2* à la fin de leurs études secondaires », explique Han Shiyang, enseignante de français travaillant dans la section lycée.

Autre établissement qui enseigne le français à Wuhan : l'Alliance française. Établie il y a 14 ans au sein de la prestigieuse Université de Wuhan, l'Alliance française accueille aujourd'hui un total de 3 500 élèves sur l'ensemble de ses trois sites, à Wuchang, Hankou et Hanyang, les trois parties qui composent la ville de Wuhan. Près de 70 % des inscrits sont des étudiants souhaitant partir en France pour y poursuivre leurs études, mais l'école séduit également un public plus jeune (15 % de collégiens et de lycéens) ainsi qu'un certain nombre de salariés soucieux de doper leur carrière par la maîtrise d'une nouvelle langue.

La première Alliance française a vu le jour à Paris il y a déjà 130 ans. Cet organisme aux méthodes d'apprentissage éprouvées a tissé en Chine un réseau de 15 établissements. « Nous ne sommes pas assis sur notre réputation, précise toutefois Fabienne Clérot, directrice de l'Alliance française de Wuhan, nous sommes en mouvement. Nous tentons d'être de plus en plus performants et de répondre aux attentes du marché chinois qui sont très changeantes. » Les possibilités d'émigration vers le Canada – qui autrefois attiraient de nombreux apprenants – de plus en plus ténues et la concurrence de l'anglais forcent effectivement les Alliances françaises à varier leur offre. Ainsi, celle de Wuhan a ouvert des cursus professionnels de français dans les domaines de la médecine et de l'automobile, et compte développer prochainement l'axe du tourisme, en proposant aux Chinois des formations de guides pour qu'ils puissent accueillir, dans les meilleures conditions possibles, les visiteurs français à Wuhan.

… qui promeuvent les échanges bilatéraux

Mais le point fort majeur de l'Alliance française, c'est l'accès qu'elle ouvre sur la culture française : « L'Alliance française est avant tout un centre culturel, qui propose, en plus des cours de français, différents ateliers et une panoplie d'évènements culturels. Notre rôle consiste à faire rayonner la culture française. La langue est une partie de la culture, mais on ne se résume pas à être une école de français », indique Fabienne Clérot. En effet, pour parfaire leurs aptitudes linguistiques et enrichir leurs connaissances sur la France, les élèves ont à leur disposition une médiathèque. Dans l'enceinte de l'établissement, des ateliers de toutes sortes sont en outre proposés (cuisine, œnologie, chant, littérature, théâtre, mode, parfum...). Des thèmes relativement « clichés », mais sur lesquels s'est esquissée l'image glamour de la France à l'étranger. En dehors des murs, sont également organisés une série d'évènements éclectiques ouverts à tous. « Wuhan, est une ville en très fort développement où la scène culturelle et artistique est encore assez peu développée. L'Alliance française a donc un vrai rôle à jouer en la matière, précise la directrice, avant de conclure : Quand on pousse les portes de l'Alliance française, on est déjà un peu en France ! »

À l'instar de l'Alliance française, l'École des langues étrangères de Wuhan cherche également à rapprocher les peuples chinois et français, pour accroître la compréhension mutuelle. Elle a signé des accords de jumelage avec des établissements français, dont le lycée Michel Montaigne à Bordeaux en 1997 et le collège privé Stanislas de Paris en 2008. « Avec le lycée Michel Montaigne, nous avons des échanges de long terme, mais aussi de court terme. Pour ce qui est du long terme, nous accueillons chaque année 2 ou 3 élèves français qui passent un an ici ; et dans le cadre des échanges de court terme, c'est à peu près une trentaine que nous recevons durant un semestre tous les deux ans. Nos deux lycées entretiennent vraiment une relation d'amitié et de confiance », décrit Han Shiyang. L'École des langues étrangères de Wuhan a également mis en place des échanges avec de grandes écoles, comme l'INSA à Lyon, Sciences Po à Paris et l'institut francophone de l'Université d'Alberta au Canada. Après leur gaokao (examen d'entrée national à l'université, équivalent du baccalauréat en Chine), les élèves les plus prometteurs ont ainsi l'opportunité de poursuivre leurs études à l'étranger jusqu'en master.

N'oublions pas de citer dans cette liste l'Université de Wuhan, classée à plusieurs reprises parmi les dix meilleures universités au monde dans le classement de Shanghai. C'est elle qui a initié la coopération universitaire sino-française dès 1983, en instaurant des échanges avec la filière mathématique de l'Université Paris-Sud-11 (Orsay). Et à la rentrée 2013, pour la première fois en Chine, l'Université de Wuhan a ouvert un master professionnel délocalisé sur la francophonie : des étudiants chinois partent suivre ce cursus en France, et à terme, reviendront peut-être dans leur université d'origine pour y intégrer le corps enseignant.

Des liens historiques qui perdurent

D'où procède cet attrait pour la France et le français ? Rappelons tout d'abord l'attachement historique qui unit Wuhan et la France. Dès 1863, un consulat français fut érigé dans cette ville (fermé en 1951, il a rouvert ses portes en 1998). De plus, après la guerre de l'opium, Hankou a été partagé en cinq concessions étrangères, dont une française, instaurée en 1896 (puis rétrocédée en 1946). Aujourd'hui, selon les chiffres diffusés par Serge Lavroff, ancien consul de France à Wuhan, la communauté française atteindrait le millier d'expatriés.

Wuhan est de nos jours en partenariat constant avec la France au travers de ses jumelages et coopérations avec Bordeaux (depuis 1998), les départements de l'Essonne, de la Moselle, du Val-d'Oise ainsi qu'avec les régions de l'Aquitaine et de la Lorraine. La France apporte à Wuhan son expertise notamment sur les sujets touchant au développement durable, thème au cœur des préoccupations des résidents urbains chinois, ainsi que dans le domaine des nouvelles technologies. « Nous sommes dans une phase aujourd'hui de relance de la coopération. Nous essayons de la rendre plus adaptée au tournant que les autorités chinoises veulent donner au développement de la Chine, un développement beaucoup plus axé sur la durabilité après 30 années de croissance très rapide », analyse Philippe Martinet, actuel consul général de France à Wuhan.

Le français comme atout professionnel

La France est donc bien présente, représentée et active à Wuhan. En témoigne également les 90 entreprises françaises implantées dans la province du Hubei (dont Wuhan est la capitale), comme les célèbres Dongfeng Peugeot Citroën Automobile, Carrefour, Total ou encore Alstom. De surcroît, Wuhan capte à elle seule près de 15 % du stock des investissements français en Chine.

En Chine, à l'heure actuelle, l'anglais est enseigné aux enfants dès leur plus jeune âge. Il est alors judicieux, selon Han Shiyang, d'apprendre une troisième langue comme le français pour se démarquer, car d'une part, il s'agit de la plus belle langue au monde d'après elle, et d'autre part, il s'avère utile à Wuhan pour décrocher un emploi. « Avec ses nombreuses entreprises françaises, Wuhan est une ville à forte ambiance francophile. Souvent, les parents de nos élèves francophones eux-mêmes travaillent dans ces firmes-là. C'est pourquoi ils souhaiteraient bien voir leurs enfants étudier le français », complète-t-elle. Fabienne Clérot confirme : « Il y a des possibilités de travailler avec le français à Wuhan ».

Il faut préciser qu'autant ces Wuhanais francophones rêvent de voler vers la France, autant ils sont désireux de revenir en Chine après leur séjour, pour s'acquitter de leur devoir familial et contribuer au développement de leur patrie.

Wuhan : la langue française sur un piédestal
Tag(s) : #alliance française

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