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Plus de 10000 patients par jour arrivant de toute la province du Hubei, 4000 médecins et personnel soignant : l’Hôpital TONGJI se dresse devant nous , en cette veille de Fête du Printemps qui marquera le début de l’année chinoise placée sous le signe du « cheval » Au milieu de cette ville dans la ville, un service, celui de pédiatrie.

Ce mercredi-là aurait pu être comme les autres pour les bébés et les enfants de cette unité. C’était sans tenir compte de l’opération « Petits sacs rouges », imaginée par deux françaises expatriées à Wuhan. En quelques semaines, elles sont parvenues à convaincre de leur projet la directrice et le médecin du Bureau des Echanges internationaux de l’hôpital TONGJI, à solliciter quelques étudiantes interprètes de l’Université Jinhang et ont obtenu le soutien inconditionnel de Gingko Solidarité, pôle caritatif du Gingko Village, base-vie des 150 familles de salariés PSA .

Les cartons remplis de 250 petits sacs rouges sortent des voitures . Nous déambulons dans les couloirs et ascenseurs, portant notre précieux chargement et arrivons devant la porte du service où nous attendent l’infirmière chef et son équipe.

Ce pourrait être une distribution de cadeaux comme les autres mais l’émotion est palpable : nous savons tous que derrière cette porte, l’inquiétude, la fatigue des enfants et des parents sont bien présentes. Les bras chargés de dizaines de petits sacs rouges, autant pour être efficaces que pour nous donner une contenance, nous entrons à pas feutrés dans les chambres où s’alignent deux rangées de trois ou quatre lits. Nous nous sentons un peu « voyeurs », un peu « intrus ». Le regard de certains parents est lourd de tant d’angoisse, certains enfants semblent tellement las ! Une maman est allongée dans le lit de son enfant, veillant sur son sommeil. Un papa prépare un petit repas sur la table de chevet. Un très jeune couple, à peine sorti de l’adolescence, tient dans ses bras son nourrisson prématuré. Nous déposons précautionneusement un petit sac sur chaque lit , n’ayant pour la plupart d’entre nous que notre sourire pour accompagner notre geste .Nous sommes reconnaissants à nos interprètes de venir à notre secours.

Après quelques minutes, la curiosité est la plus forte. Les plus téméraires des petits jettent un oeil sur le sac, découvrent un petit cheval en peluche rouge, des crayons de couleur , quelques petits jouets et un dessin d’enfant . Des regards surpris se lèvent sur nous, un petit nez se plisse, un large sourire vient éclairer un visage.

C’est un moment magique, la récompense de ces semaines de préparation au cours desquelles chacun y a mis du sien. Les jeunes ont aidé à remplir les petits sacs . Les élèves des écoles française, internationale se sont risqués parfois, sur leur dessin à un petit message en caractères chinois maladroitement mais si précieusement tracé. Les enfants de l’école chinoise ont réalisé plus d’une centaine de la totalité des dessins.

Etonnement devant cet événement inattendu, pudeur asiatique, peut-être aussi, c’est lorsque nous quittons les chambres toujours à pas feutrés que les petits cadeaux couvrent les lits blancs, que les enfants se mettent à jouer, que les dessins passent de mains en mains.

Et nous repartons, émus, vers nos vies d’expatriés avec le sentiment tenace que cet après-midi-là, nous avons été à notre « juste » place. Ce projet de solidarité a uni communauté chinoise et francophone, adultes et enfants ,valides et malades, et a permis à chacun d’aller à la rencontre de l’autre, dans sa différence. Certes, nous n’avons pas changé le monde, mais nous avons l’intime conviction que, pour quelques instants, nous avons réussi à égayer la journée d’hôpital d’un enfant et de ses parents.

Et, pour beaucoup d’entre nous, cette année du cheval qui s’annonce sera avant tout l’année du petit cheval en peluche rouge accroché au lit d’un petit patient de l’hôpital TONGJI.

Marie-Christine Huguenin

Tag(s) : #coup de coeur

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